Seul Siddhartha ronronne

Assis dans l’ombre d’une nuit qui tarde à prendre fin, un chat sur les genoux, j’écris.

Au même moment, quelque part sur ce globle fragile, des humains se jettent du haut de leur immeuble ou se pendent, la conscience étranglée par le confinement d’un État ou d’une entreprise. D’autres s’échangent, sans trop chercher à savoir pourquoi, des balles et des obus obligeamment fournis par « les grandes puissances » pour se disperser mutuellement façon puzzle. D’autres encore, trouvant que la misère n’est pas moins pénible au soleil lorsque celui-ci brûle leur terre et leurs espoirs, se noient en pleine mer, lestés par des fantasmes d’eldorado, avant d’avoir pu atteindre la rive de quelque contrée pluvieuse, riche et dépressive, hésitant à l’idée de ne savoir pour quelle dictature voter. Épidémie autodestructrice d’une population humaine subissant la tyrannie de sa propre ignorance, de ses propres illusions, de sa propre espèce.
Le chat sur mes genoux ne connait pas son bonheur. Le bienheureux ignore tout du sort de tous ses congénères enfermés dans des cages, des laboratoires, des sacs. Encore des trucs d’humains.
Comment avoir l’âme en paix quand celle-ci est affublée d’une conscience ? Peut-être en réfugiant la seconde dans la première pour s'y ressourcer. 
M’est avis que le seul moyen de trouver réponse à cette question est de ranger mon stylo, d’éteindre tous mes écrans intérieurs et extérieurs, et de me poser en silence, ici et maintenant, comme mon chat, que j’aurais dû appeler Siddhartha.

 chat zen