Parce que je le vaudou

Un petit caillou dans un plat de lentilles, cela arrive. Celui-là vient de me casser un bout de dent.

Cela arrive aussi, mais ça tombe particulièrement mal, car je suis déjà grippé avec une grosse fièvre et un bon mal de tête, et je dois prendre la route ce matin pour l’aéroport, destination Bénin. Pas question de perdre mon billet d’avion non remboursable. Départ sous les étoiles, deux heures de route, arrivée à l’aéroport. Guichet. Passeport. Ah non, pas de passeport. Oublié à la maison. Ça ne m’arrive jamais. La fièvre, vous dis-je.
Trop tard pour refaire le chemin. Heureusement, mon fils est à la maison. Je l’appelle, il trouve mon passeport et saute dans sa voiture. Il veut aller vite, mais la voiture n’est pas d’accord. Une demi-heure plus tard, il tombe en panne sur l’autoroute. Cette fois, c’est la voiture qui a la fièvre.
J’ai la chance d’avoir un autre fils, qui habite un peu plus au sud. Il prend la route à son tour, rejoint son frère qui lui transmet mon passeport façon bâton de relais (autoroutier). Il arrive à l’aéroport juste à temps pour me permettre de m’engouffrer dans l’avion au moment de la fermeture des portes.
Merci mes fils, je vous aime.
Arrivé à Cotonou, la fièvre est toujours là, accompagnée d’un mal de tête qui a gagné en altitude avec le voyage, et d’une dent qui me gêne vraiment. Je dois régler ce problème avant de monter à Abomey, où quinze jours de soins et d’enseignements intensifs m’attendent.
Dans Cotonnou, je trouve un dentiste qui me dépanne de manière disons simple et tonique, ce qui n’arrange pas vraiment mon mal de tête.
Après une nouvelle demi-journée de route, j’arrive finalement à Abomey en mode zombie, accueilli avec un mélange de joie et d’étonnement par les tradipraticiens béninois.
L’un d’eux, avant même de me dire bonjour, me lance : « Ah ! Mais comment, vous êtes là, Monsieur Patrick ? M… nous avait assuré que vous n’arriveriez pas. »
Feed back éclair. M… est ce tradipraticien au regard mauvais que j’avais chassé du groupe de soignants l’an passé parce qu’il y semait la zizanie. Il était parti en me maudissant, du geste et de la parole. On m’avait pourtant prévenu : « Tu devrais te méfier, il pratique la magie et il est très puissant ! »
J’avais estimé sur le moment qu’un haussement d’épaules suffirait largement à conjurer le sort. Mais en songeant aux dernières 24 heures que je viens de passer, ma réponse fuse : « Ah, le … ».
Et je réalise dans l’instant que ma rationalité de blanc vient, sans s’en rendre compte, de céder à une croyance dont elle se croyait bien à l’abri.

Et le tradipraticien d’ajouter : « Par contre, vu que vous êtes arrivé quand même, le sort va se retourner contre lui. Vous n’avez rien à faire, mais lui, à présent, va avoir de gros problèmes. ».
Le fait est que le reste du séjour s’est bien passé, et que je n’ai jamais revu M le maudit.
CQFD ?