Le boulet

Il fut un temps où prisonniers et forçats se déplaçaient en traînant aux pieds des fers avec un boulet au bout.

L’âme humaine n’ayant pas changé alors que la technologie a évolué, les délinquants d’aujourd’hui se sont retrouvés avec des bracelets électroniques à la cheville. Le boulet est toujours là, invisible.
Nouvelle évolution techno-prophylactique : tout individu étant potentiellement capable de remettre en cause la pensée unique et normative des grands timoniers de ce monde, mieux vaut, pour le bien commun et la sécurité générale, le surveiller gentiment et le traiter préventivement comme un délinquant potentiel. Tombe alors le bracelet des chevilles, tandis que pousse une extension du cerveau tenant dans la main, appelée smartphone.
Dernière étape de l’évolution : la puce qui était dans le smartphone se retrouve implantée dans les humains eux-mêmes, privés de liberté certes, mais tellement heureux et fiers de payer leur baguette de pain en passant simplement la main devant les miches de la boulangère.
De retour chez lui, d’autres chaînes, dites de télévision, continuent de maintenir chaque sujet, devenu objet connecté à l’insu de son plein gré, dans la docilité de son bagne où tout baigne.
Le principe est simple : quand on ne bouge pas, on ne sent pas ses chaînes. Encore moins le boulet qui est au bout. Certains prennent cela pour la liberté.
Devenant ainsi boulets à leur tour.

 

Image : Steve Cutts