Méditation Vroum-Vroum

La méditation a débuté une heure avant le voyage, dans l’attention portée au nettoyage minutieux des chromes assoiffés de soleil.

Puis est venu le rituel de l’équipement : ce qu’il faut de couches et de protections pour justifier une pratique à la fois sage et jouissive, quelque part à mi-chemin entre Easy Rider et le bonhomme Michelin.
Le moment où commence à tousser le moteur produit le même effet que lorsque, dans un monastère, résonne le gong. Le son grave de l’Indian (pub gratuite) plonge immédiatement dans une présence auditive qui coupe de toute divagation mentale.
Klonk ! La méditation assise a commencé, au milieu d’un environnement qui se met à défiler tranquillement. La posture s’installe, l’équilibre est trouvé, le corps se détend et vibre au diapason des cylindres. Le souffle trouve naturellement sa place à proximité du centre de gravité de la machine, jusqu’à ce qu’il soit permis de douter du point où finit le corps et où commence la machine. Le temps de passer quelques paliers pour calmer ses grognements, et me voilà à vitesse de croisière. Celle où, tel un écoulement d’huile formant un arc immobile et silencieux, le défilement dans l’espace donne l’impression d’arrêter le temps.
Le fait de pénétrer l’espace de plein corps accentue le sentiment de fusion… et d’attention, car la moindre seconde de distraction sur deux roues peut parfois se payer très cher. Là est la différence entre la conduite et le pilotage. Si l’on n’est pas ici et maintenant, on risque d’être très vite ailleurs. C’est pourquoi j’apprécie le fait que mon casque, au-delà de sa fonction de bouclier cérébral, me serve également d’œillères et de caisson d’isolation sensorielle. J’en croise bien qui roulent connectés ou avec la musique à fond, comme d’autres méditent avec un walkman sur les oreilles. Chacun sa route, chacun son destin.