Trop près, Trop loin

J’ai la chance inouïe d’habiter et de travailler à quelques centaines de mètres de la mer. C’est du moins ce que me disent mes patients.

Mais le solstice d’été est déjà là, et je réalise que je n’ai pas piqué une seule tête depuis l’été passé. Des vagues de touristes ont commencé à faire face à celles de l’océan. Ma journée terminée, je les regarde de loin, sans que l’envie me prenne de me mouiller d’un côté ou de l’autre. Quelle malédiction fait que je profite si rarement du charmant endroit où je vis – je l’ai d’ailleurs choisi pour ça –, et qui attire les autres de si loin ?
« Du haut du Mont Fuji, on ne voit pas le Mont Fuji », dit le Zen. Il faut aussi que l’esprit soit en vacances pour que le corps suive. Mais cela ne suffit visiblement pas. Car lorsque ce moment arrive, le premier réflexe est de fuir le quotidien, ce qui incite à rêver de toutes les destinations sauf celle où l’on se trouve. C’est ainsi qu’au moment des vacances, le montagnard et le marin procèdent à un échange radical d’horizon ; le citadin et le provincial se croisent dans d’improbables chassés-croisés transformant le désir d’évasion en kilomètres de bouchons.
À moins d’avoir la chance de finir dans un grand champ de blé sur la route des vacances comme dans la chanson de Fugain, la sagesse voudrait donc que chacun reste sur place pour mieux profiter, enfin, de cette terre non plus promise car déjà obtenue, mais bêtement snobée. Mon autre problème est que si je n’ai pas trouvé le temps de profiter du moment où les plages étaient encore désertes, je n’ai pas davantage envie de me faufiler aujourd’hui entre les pulls rayés ou les huiles de bronzage. Car une seule chose est certaine : le climat breton est aussi incertain que moi.
Quoi qu’il en soit, bonnes vacances à tous.