Nous avons besoin de nourriture pour grandir et de nos semblables pour évoluer. Car vivre, c’est co-exister, disait Thich Nhat Hanh.
De même que les aliments que l’on mange façonnent notre corps, il est des vies que l’on croise qui façonnent notre destin. Si nous n’avions pas rencontré telle personne sur le chemin ; si nous n’avions pas fait route commune avec telle autre à certains moments, qui sait où nous serions et ce que nous ferions aujourd’hui ?
Nous passons notre vie à croiser des vies, mais – heureusement ou malheureusement – nous n’y sommes pas identiquement sensibles. Nous nous arrêtons auprès de telle une, mais pas de telle autre ; nous allons délibérément au-devant de celle-ci, mais fuyons celle-là. C’est la preuve que notre destin n’erre pas comme un bateau ivre dans l’océan du hasard, mais qu’il est guidé par une mystérieuse timonerie intérieure, que chez les humains on appelle l’âme.
Les rencontres successives qui jalonnent notre parcours de vie font zig-zaguer le voilier de notre existence d’un waypoint humain à un autre, nous éloignant de la route linéaire que nous avions tracée en rêve sur la carte. Certaines rencontres nous obligent parfois à tirer de grands bords avant de retrouver la route initiale, d’autres font que nous nous retrouvons dans un port d’attache différent de celui que nous nous étions fixé.
Pour éviter les incertitudes de l’aventure humaine, on peut bien sûr choisir de rester au port, à deviser avec toujours les mêmes personnes du temps qu’il fait au large, ou à évoquer en boucle le seul voyage de la vie que l’on ait fait et qui nous a amené là. Mais même ainsi, on n’est pas à l’abri du marin qui débarque et vient déranger nos habitudes, ou chambouler l’idée que nous nous étions fait d’une destination fantasmée.
Que le voyage soit nomade ou sédentaire, les rencontres sont l’une des nourritures principales de nos vies, et c’est ainsi, qu’on le veuille ou non, nous sommes un peu ce que nous mangeons.