Pourquoi les chevaux ont-ils mis tant de temps à murmurer à mon oreille ?
Sans doute parce que, faute d’en connaitre un seul, je me suis toujours tenu à distance de cette espère inconnue. Une espèce qui d’ailleurs ne semblait intéresser majoritairement que des humains qui eux-mêmes ne vivaient pas dans le même monde que moi, à savoir les éleveurs de viande sur pied, les sportifs en tenue Hermès et les turfistes du bar tabac du coin.
À travers eux, je ne voyais dans la plus noble conquête de l’homme qu’un objet servant à travailler, produire de la viande, satisfaire un ego ou rapporter de l’argent.
J’ai toujours eu tendance à classer cet animal quelque part entre le chien et la vache, tout comme j’ai toujours eu tendance à classer l’animal humain quelque part entre la hyène et le mouton.
Classer, c’est ce que l’on fait quand on généralise et qu’on ne connait pas vraiment. Les humains font ça très bien. C’est quand on se met à s’intéresser à l’individu que les choses changent et se complexifient. C’est alors que l’on se prend à s’intéresser, à s’attendrir, et que l’envie suit de découvrir, parfois de soigner. En l’espèce, avec le cheval, nous est offerte la possibilité de renouer avec notre propre instinct, notre intuition et nos émotions à travers un miroir silencieux, un maître d’une présence absolue.
C’est alors que celui que l’on prenait pour un chien se transforme subitement en renard, qui demande – à tort ou à raison – au Petit Prince que nous sommes à ses yeux, de l’apprivoiser.
Une fois le cœur ouvert à cette possibilité, la chose se complique parfois du fait que plusieurs renards puissent demander à être apprivoisés en même temps. Cela arrive aussi parfois chez les humains.
Un murmure, ça va. Deux murmures, bonjour les dégâts. Pris entre deux âmes sœurs qui soufflent à votre oreille, vous vous retrouvez avec un cœur subitement trop grand, qui vous condamne à un bonheur déchirant.
Vous priez alors pour qu’un autre Petit Prince arrive à son tour, adopte celui que vous devez laisser là, et reste sur la même planète afin que les renards ne connaissent pas le même déchirement que vous.
Chez les Lakota, pour qui cet animal révolutionna leur culture et leur vie, cheval se dit Sunka Wakan , que l’on pourrait traduire par « grand chien sacré ».
Sacré chien, rusée renarde, Radieuse, j’ai entendu ton murmure, l’appel pour toi est lancé.