À balles réelles

Parmi leurs sept rites traditionnels, les Lakotas ont un « jeu de lancer de la balle » (Ṫapa Kaḣ’olyeyapi) qui pourrait être l’ancêtre de nos jeux de balles modernes. À quelques différences près.

D’abord, la balle était en peau de bison, elle-même remplie de poils de bison. Ensuite, cette balle était peinte de deux cercles, symbolisant la rencontre du ciel et de la terre, car dans ses rebonds, elle fait en permanence le lien entre les deux espaces. Bref, la balle était un objet sacré, tout comme le jeu lui-même, qui débutait par un rituel de purification, puis une jeune fille était choisie pour lancer la balle à tour de rôle dans les quatre directions. Les personnes qui l’attrapaient vivaient cela comme une bénédiction, un peu à la manière de celui ou celle qui attrape le bouquet que jette la mariée, ou récupère la balle de base-ball qui atterrit dans les gradins.
La partie prenait fin une fois tous les joueurs à égalité. Ce qui ne faisait pas un match « nul », mais bien réussi.
Ce sont les mêmes Lakotas qui, lors des guerres entre tribus, portaient des coups symboliques à leurs ennemis, un peu comme on joue à « chat », jugeant suffisant de vaincre sans avoir à tuer. Pour eux, même la guerre était un sport. Ils ont été exterminés par des longs couteaux (Mila Haska, terme désignant toujours les américains en langage Lakota), originaires d’un monde pour lequel même le sport est une guerre. Voyez l’ambiance des stades de football de nos jours.
Avons-nous vraiment gagné la partie ? Pouvons-nous imaginer dans quel monde nous vivrions si les Lakotas avaient pu toucher notre cœur de la pointe de leur lance recourbée ?