Sacré nom d’une pipe

Je tiens entre les mains une Channupa, instrument rituel de la spiritualité Lakota. Mais ceci n’est pas une pipe.

Ni même un calumet de la paix, terme inventé par ceux qui n’ont que la guerre en tête.
La Channupa, avec son fourneau de terre rouge du site sacré du Minnesota dans lequel couve une braise au milieu d’un nid de tabac et d’écorce de saule, et son long tuyau de bois permettant d’aspirer le ciel, symbolise tout le lien et la ressemblance qui existe entre l’homme et ses deux forces créatrices, le ciel et la terre.
J’ai été invité, et c’est un honneur, lors de cette cérémonie sacrée du peuple Lakota à laquelle je participe en tant que soignant, à faire circuler ce lien par le souffle à mes frères et sœurs humains (Lakota voulant dire “être humain”… en Lakota).
La dernière volute de fumée mêlée de prière ayant rejoint le ciel, vient pour moi le moment de vider la cendre du fourneau, que je tape gentiment sur le sol en bordure du cercle de la Sundance, estimant normal que la terre retourne à la terre.
Sauf qu’un danseur s’approche de moi et me dit : “Non, on ne jette pas la cendre par terre ! Elle est le produit d’une prière. Tu dois la déposer dans ce coquillage. »
Tout en m’excusant, je fini de vider la pipe dans une grosse coquille d’ormeau posée à cette fin, au bord du cercle.
Me voyant m’excuser, le danseur reprend : “Ce n’est pas grave, tu ne savais pas. MAIS MAINTENANT TU SAIS...”
Message reçu fort et clair. Difficile d’oublier une telle leçon, emprunte de tolérance autant que d’art de se faire comprendre, et ainsi naturellement respecter. Le reste m’appartient, et j’ai bien compris que je récolterai par la suite tout ce que je sème.
A l’évocation de cet épisode, un autre me revient en mémoire. La fois où j’avais invité un couple de médecins sortis pour la première fois de chine à visiter une cathédrale lors d’un séjour au Québec. Nous étions arrivés au moment d’une messe, et tandis que je parlais architecture et vitraux avec le mari, son épouse, curieuse, avait suivi la queue qui se formait pour aller communier. Elle était revenue avec un morceau d’hostie qu’elle avait attrapé à la main au lieu d’ouvrir la bouche, l’avait ramenée et la partageait maintenant avec son mari, s’étonnant tous deux de son goût insipide. Une fois la communion terminée, le prêtre était arrivé hors de lui, le teint rouge et les yeux exorbités, hurlant au sacrilège. J’avais bien tenté de lui dire, sans chercher à parodier quiconque : « il faut leur pardonner, ils ne savent pas ce qu’ils font », mais cela n’avait fait qu’ajouter de l’huile sur son feu du foie, comme on dit en médecine chinoise. Sa réponse fut : « Dans ce cas, ils n’ont rien à faire ici. Quand on ne sait pas, on s’abstient ! »
Une version bien différente de : « Ce n’est pas grave, mais maintenant, tu sais. »
Vous ne m’en voudrez pas, mais sacré nom d’une pipe, je préfère définitivement les églises à ciel ouvert.