Moustiques, papillons et lucioles

Tels des soleils lointains perdus au fond de la nuit, quelques lampes viennent tacheter de leur halo le noir profond de la rue de l’humanité.


Autour de chaque lampe, fuyant les ténèbres et le froid, une nuée de moustiques et de papillons de nuit, avides de lumière et de chaleur. 
Certaines lampes sont des phares ou des réverbères, guidant les égarés dans la brume et la nuit. D’autres sont des néons clinquants, des écrans prometteurs de paradis illusoires, des feux allumés par des pirates de la côte, ne cherchant qu’à attirer les naufragés de la vie pour les déposséder de leurs biens. 
Qu’elles soient naturelles ou artificielles, toutes ces source de lumière et de chaleur attirent les moustiques et désorientent les papillons de nuit, qui viennent graviter autour, se bousculant, s’aveuglant et se brûlant parfois les ailes à ces flammes enivrantes qui leur font oublier la solitude et l’obscurité. 
Eclairés, réchauffés, les insectes se sentent bien. Les reflets de la lumière sur leurs petites ailes leurs donnent le sentiment exaltant de briller et d’éclairer par eux-mêmes. Mais quand la lumière s’éteint, ils se retrouvent à nouveau dans l’errance et le froid. 
Un peu plus loin dans le noir, indifférentes à ces attroupements grouillants, les lucioles font doucement leur propre chemin dans la nuit, porteuses d’une flamme intérieure qui suffit à guider leur chemin, trouver leur route, éviter les embûches, écrire un mot quand il n’y a plus de feu. Pour limitée qu’elle soit, cette lumière personnelle a le mérite de les éclairer du dedans sans les aveugler. Elle s’éteindra en même temps qu’elles, sans leur avoir permis, peut-être, d’illuminer les cieux tel un phare ou une étoile pour guider d’autres navigateurs errants, mais en leur ayant au moins donné le moyen de trouver leur propre voie sans s’égarer. Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l’obscurité, disait Lao Tseu. 
Les hommes sont des lucioles qui s’ignorent. Cette lampe personnelle que Diogène, le coquin, promenait à bout de bras en plein jour en disant « je cherche un homme », se trouve en réalité à l’intérieur de chacun, bien à l’abri dans une cage thoracique aux allures de voute de cathédrale. Là où le scanner du cardiologue ne donne à voir qu’une pompe, les iconographies religieuses dévoilent un soleil intérieur qui rayonne et produit une aura, faisant de certains humains des êtres « auto-éclairés ». Voyez, sentez ce qui se passe dans la poitrine des E.T. que nous sommes, quand une bouffée d’émotion nous prend ou qu’une vague d’amour nous submerge. 
Les phares sont rares. Les lumières trompeuses sont légion. Les moustiques et les papillons de nuit sont partout. Les lucioles, discrètes et fuyant les foules aveugles, méritent qu’on s’approche d’elles, pour constater qu’elles sont les seuls êtres véritables et de bonne compagnie. 

 

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coeur de jesus