Poussée par le vent intérieur d’une âme qui connaît la route mieux que moi, ma vie est ponctuée de rencontres improbables, d’initiatives incongrues, d’expériences disparates, de voyages hasardeux.
Je me suis longtemps demandé si ces étranges waypoints étaient une marque d’éclectisme ou de dispersion de ma part, mais je réalise avec le temps qu’ils recèlent une unité cachée.
Chacune de nos expériences est une pierre que l’on vient poser sur l’échiquier de la vie. Mais l’échiquier en question n’est pas celui d’un jeu d’échec. Il s’agit d’un jeu de Go, où chaque pièce, une fois posée, ne peut être déplacée, et où la somme des pièces constitue un tableau final qui révèle si l’on a gagné ou perdu la partie.
Dans ce jeu, le gagnant – qui est avant tout gagnant sur lui-même – est celui qui, plutôt que de rester concentré sur un espace restreint qu’il n’a de cesse de sécuriser en faisant la guerre à l’adversaire, s’évade et pose dès que possible une pierre dans des endroits totalement déserts, sans bien savoir encore à quoi elle pourra servir.
À mesure que se déroule le jeu de la vie, des connexions finissent par s’établir entre tous les jalons que nous y avons posés, aussi insignifiants et éloignés les uns des autres fussent-ils initialement, et c’est en cours de route que se révèle leur véritable importance, aussi capitale à l’arrivée qu’elle pouvait être anodine au départ.
Cette réflexion me vient de plus en plus souvent – signe ostensible que mon propre échiquier commence à être bien rempli –, par exemple lorsque j’ai, comme récemment, le bonheur de voir réunis en un même lieu des tradipraticiens rencontrés dans différentes régions du monde, se comporter comme les membres d’une même grande famille qui se seraient perdus de vue depuis des années ; ou encore lorsqu’au travers de mêmes activités j’ai cet autre bonheur, égoïste-mais-pas-que, de pouvoir donner un sens commun à mes goûts variés pour la médecine, l’enseignement, l’humanitaire, le voyage, la photographie, les langues, la musique, l’écriture, la méditation, la psychologie, la botanique, la zoologie, l’ornithologie, la moto, la voile, la pagaie ou la traction animale.
Vivre, faire des expériences, aller au-devant de l’inconnu le cœur ouvert, suivre son instinct et son intuition pour mieux se libérer des conditionnements et des autosuggestions qui habituellement balisent la route à notre place, et voir le tableau final se former au fil de notre vie, unissant peu à peu l’ensemble, et venant ainsi rendre hommage à toutes ces rencontres, ces initiatives et ces expériences que d’autres jugeaient folles ou inutiles. N’est-ce pas là un joli projet de vie ?
Alors Go !