De l'Ehpad à l'Eveil

Assis à longueur de journée, ils ne parlent pas.

Ils se relèvent avec peine, le dos et les genoux douloureux et engourdis.
Ils se déplacent lentement, dedans comme dehors, la tête basse, comptant chaque pas, qu’ils effectuent comme un enfant qui apprend à marcher.
Ils mangent le nez dans leur bol, qu’ils recouvrent avec application d’une serviette qui a perdu de sa netteté au fil des jours.
Ils ont droit à un petit goûter l’après-midi et à une soupe le soir.
La nuit venue, ils se faufilent avec bonheur dans leur lit, tentant d’oublier qu’ils vont devoir, dans quelques heures à peine, se relever à nouveau et se précipiter pour aller faire pipi.
Je les plaindrais bien, s’il ne s’agissait d’adultes, en pleine possession de leurs moyens physique et mentaux, qui ont décidé de faire un stage de méditation avec moi.
Les personnes qui méditent ne seraient-elles rien d’autre que des futurs vieux en répétition générale ? Il est à mon sens beaucoup plus probable que les personnes âgées soient des méditants qui s’ignorent.
Voilà qui dit peut-être quelque chose de profond et d’insoupçonné sur le pouvoir intérieur d’une vieillesse qui, bien vécue, est le préparatif naturel à l’éveil qui attend chacun de nous au soir de notre dernière méditation.