Tracer la route sur une carte marine,
Compter les victuailles, vérifier le gréement,
Recoudre une voile déchirée par le vent,
Quitter le port enfin, aux aurores câlines.
Entendre le moteur ronronner comme un chat,
Mettre le nez dedans quand il fait un caprice,
Plonger sous la coque pour nettoyer l’hélice,
Guetter une risée pendant un calme plat.
Abattre et prendre un ris quand il est encore temps,
Surveiller le nuage noir, la déferlante,
Tenir bon la barre sous une pluie cinglante,
Retrouver le ciel bleu, sécher les vêtements.
Naviguer sous la lune, sur des flots argentés,
Prendre une étoile pour cap et fuir les halos
Des villes endormies, pour préférer bientôt
Celui de l’aube vraie, du soleil qui renaît.
Etarquer la grand-voile et border le génois,
Sillonner l’horizon libre de tous côtés,
Attraper un poisson, préparer un café,
Etre seul au monde sur sa coque de noix.
Puis retrouver le phare, passer les aussières,
Amarrer le bateau, le remettre en état,
Capeler son sac et faire ses premiers pas
Sur le ponton avec un regard en arrière…
Retrouver sa famille, raconter aux amis
La navigation, mais que leur dire, mon Dieu ?
Que le vent était fort, que le ciel était bleu,
Tout en gardant pour soi le gout de l’infini.