Manifestation spontanée

Apprenant l’arrivée imminente du Dalaï Lama à Dharamsala, nous interrompons nos soins pour rejoindre la population tibétaine qui s’est amassée le long de la route,

baignée de volutes d’encens et décorée de signes auspicieux de bienvenue évoquant un passage du tour de France.
Le lent passage de la voiture transportant le moine extraterrestre à l’ineffaçable sourire de Joconde s’accompagne d’une Hola de prosternations silencieuses, reflétant une joie mêlée de profond respect. On comprend mieux le caractère introverti de cette manifestation lorsque l’on sait qu’en Tibétain, Bouddhiste se dit Nangpa, qui signifie « tourné vers l’intérieur ».
Quoi qu’il en soit, il y a de l’amour dans l’air, et je mesure à cet instant l’océan qui sépare cette scène spontanée de celles d’autres pays, organisées par le pouvoir et régies par la peur, lorsqu’un dictateur est de sortie.
Il n’y a que la folie mégalomane pour éprouver un sentiment de gloire personnelle à partir d’une déférence populaire orchestrée et tremblante. Quelles tristes sociétés que celles qu’aucune Conscience n’incarne, et qui n’offrent pour seul moyen d’expression que de bêler avec le troupeau ou d’hurler avec les loups.