Grand bleu

Le rêve est une forme de plongée. Un voyage sous la surface du monde ordinaire à la rencontre d’un autre univers, réel autant que fantasmatique.

Selon le poids de notre sommeil, il nous est donné de nous enfoncer plus ou moins profondément dans le monde onirique. C’est ce qui nous donne au réveil le sentiment effectif d’avoir eu un sommeil lourd ou léger.
Le sommeil léger est le snorkeling de la nuit : la conscience sommeille entre deux eaux, les coraux du monde de l’âme éclairés par les rayons de la conscience solaire font que rêve et réalité se mélangent. Remontant au monde de la surface, nous avons ainsi facilement le souvenir de nos rêves. Un souvenir si vif, parfois, que nous sommes comme Zhuang Zi qui se demandait s’il était Zhuang Zi qui avait rêvé qu’il était un papillon, ou s’il était un papillon qui avait rêvé qu’il était Zhuang Zi.
Quand la plongée est plus profonde, elle ouvre sur des mondes plus étranges et parfois inquiétants, mais toujours aussi réels, que seule la flamme de l’âme vient éclairer. Il nous faut alors plus de temps et d’efforts pour remonter à la surface, où l’eau limpide traversée par le jour vient disperser le souvenir des choses vues au fond, tout comme, tout là-haut au-dessus du monde, l’aube naissante efface une à une les étoiles.
Dans notre remontée, l’envie de raconter avec acuité le souvenir de ce monde de rêve que nous avons encore quelque part au fond de nous nous donne parfois envie de plonger à nouveau, mais il est trop tard. Le lest de la fatigue est lâché, la surface des choses nous appelle, tout aussi illusoire pourtant que le monde que nous venons de quitter.
Et nous émergeons un peu à regret, avec le sentiment d’avoir abandonné une part de nous-même à la nuit.