L’ambulance de SOS Medicos vient de passer la frontière haïtienne. Nous croisons une voiture tombée dans un fossé.
Sur le bord de la route, le chauffeur, allongé, recouvert d’une bâche. Il a quitté la route de la vie, son âme ayant elle aussi quitté son véhicule de chair.
Nous poursuivons notre route vers Port-au-Prince. Distribution de médicaments par mes collègues, soins en acupuncture pour moi, retour par la même route vers la République Dominicaine au soir.
La voiture dans le fossé a disparu, mais le cadavre est toujours sur le bas-côté, veillé à quelques mètres par une personne accroupie. Celui des deux véhicules qui pouvait resservir a été extirpé en premier. L’autre attendra sans doute la nuit pour être plongé dans le lac tout proche et continuer son propre cycle de vie sous forme de poisson. Cette priorité a du sens, et cette veille funèbre en bordure de route ne choque personne.
Le tremblement de terre en a englouti tant d’autres.