L’être humain est un monstre de fragilité.
Voilà une bien étrange espèce, capable de détourner les fleuves, de déplacer les montagnes et de viser la conquête d’autres planètes, mais qu’un simple choc sur la tête, une chute de quelques mètres, suffisent à ramener brutalement au sein du règne animal ou végétal.
Voilà une espèce à l’intelligence folle, qui tutoie Dieu quand elle ne se prend pas pour lui, mais qui, au premier choc émotionnel, retrouve instantanément la souffrance et les bas instincts de ses ancêtres les plus lointains.
La nature ayant imprudemment doté cette espèce d’une inventivité égale à sa fragilité, l’être humain a déployé pour sa survie tout un univers artificiel – scientifique, technologique, religieux, philosophique –, lui permettant non seulement de conserver sa place dans ce monde, mais de le dominer.
Le problème est qu’en cherchant à modeler le monde à son image au lieu de se fondre avec confiance en lui, cette espèce a rendu le monde à son tour plus humain, c’est-à-dire plus fou et plus fragile que jamais il ne fut.
D’où ma première phrase.
