Le livre ou la vie

Les années, que dis-je, les décennies, passées à parcourir les mêmes ouvrages de médecine et relire les mêmes livres importants, ceux qui révèlent à chaque fois une profondeur nouvelle à chaque lecture, ne m’ont jamais permis d’avoir toute la culture et l’érudition littéraire dont j’aurais rêvé, et que j’admire chez tant d’autres.

Sans parler de tous les autres domaines, artistiques et intellectuels qui forment un kaléidoscope du génie humain inatteignable dans sa globalité pour un seul cerveau et une seule vie. En tout cas pour la mienne.
« Je me rattraperai à la retraite », ais-je longtemps pensé, accumulant des livres dans ma bibliothèque dans l’attente du grand soir. Mais à mesure que les années passent, je réalise que ma propension à travailler jusqu’au dernier souffle me prive à jamais de toutes les évasions littéraires que j’aurais aimé faire.
Fait aggravant, je perds peut-être sans le savoir un temps précieux à poser sur le papier des réflexions que d’autres ont sans doute déjà écrites.
Ma seule consolation est que, la vie n’étant pas dans les livres, toutes les expériences qui auront été les miennes forment une autre bibliothèque personnelle qui restera gravée, quelque part, dans la mémoire du ciel.