Oiseaux venus de nulle part croisant mon ciel intérieur, cookies surgissant des tréfonds de mon unité centrale, musiques sorties d’un vieux juke-box qui ne s’arrête plus, des bribes de mémoire se bousculent régulièrement à la porte de ma conscience, me rendant pensif à l’insu de moi-même.
De nuit, le même phénomène se produit, à cette différence près que les pensées en question s’enchaînent pour former un étrange scénario, que l’on appelle un rêve. Mais cet enchaînement onirique a une consistance et une originalité telle qu’elle me force à me demander au réveil qui a bien pu mettre cette playlist dans mon juke-box cérébral. Qui orchestre les cookies de l’âme pour en faire un voyage au pays des merveilles ou de Peter Pan ?
Il est de nombreux types de rêves, pouvant être guidés par la physiologie (je rêve d’uriner car j’en ai envie), la pathologie (je rêve d’incendie car j’ai de la fièvre), la prémonition (l’âme voyage dans un autre espace-temps que la conscience), dont il serait trop long de parler ici. Mais si je me remémore les films de mes rêves, je note que la plupart d’entre eux ont une couleur, une teinte, une tonalité émotionnelle dominante, que je retrouve au réveil avec le même sentiment de joie, de tristesse, de nostalgie, de peur ou de révolte que celui que je peux avoir au sortir d’une salle de cinéma.
Notre état émotionnel serait-il le tisserand invisible de la trame de nos récits oniriques ? Cet état, qui a différentes sources possibles, est-il lui-même la conséquence ou le moteur de nos rêves ? Un vieil ouvrage de médecine chinoise explique par exemple comment l’état de notre cœur peut générer des rêves de fou-rire, celui de notre foie des rêves de violence, etc. Je n’explorerai pas cette piste maintenant. Ce qui m’importe ici, c’est que j’ai trouvé une bonne raison de ne pas passer mon temps à analyser mes rêves, ou pour le dire à la chinoise, à « remuer la mare boueuse pour essayer d’en voir le fond ». Plutôt que de partir dans une dissection analytique de tous les cookies surgissant de ma mémoire au service de tous les scénarii possibles et imaginables, je me contente de savourer le sentiment que produisent mes rêves au réveil, même lorsque je ne m’en souviens que vaguement : là est la boussole de mes humeurs secrètes.